Canicules, mégafeux : l’été 2026 confirme l’accélération du dérèglement climatique. Pour y faire face, les pouvoirs publics s’appuient sur des services publics déjà fragilisés par des décennies de restrictions budgétaires. Alors que se prépare le budget 2027, la CGT alerte sur les conséquences de ces choix, porte ses propositions pour renforcer les services publics et appelle à construire la mobilisation pour imposer un autre budget.

Canicules et incendies : les services publics en première ligne

L’été 2026 a commencé fort et tôt. Dès le premier épisode de canicule, en mai, Santé publique France constatait une « augmentation marquée » des recours aux soins d’urgence liés à la chaleur. Une pression supplémentaire pour des personnels de santé qui tiennent déjà l’hôpital public à bout de bras. ( À lire : Canicule à l’hôpital : « On est en train de faire crever les gens »)

Du côté des incendies, l’été est tout aussi hors norme : au 31 juillet, 14 320 feux avaient déjà été recensés et 119 000 hectares brûlés. Sapeurs-pompiers, personnels de la Sécurité civile et agent·es de l’État ont été fortement mobilisés. Une mobilisation qui met à rude épreuve des services déjà sous tension et alors que le risque incendie s’intensifie. 

Pour Laurent Guilloteau, pompier professionnel et secrétaire général de la CGT du Sdis des Bouches-du-Rhône, « nos forêts sont devenues des poudrières, mais notre système de Sécurité civile aussi », soulignant la proximité d'une rupture face à l'enchaînement des interventions. ( Sécurité civile Le «tout dernier rempart» craque - Libération 1 aout 2026)

Des agent·es mobilisé·es, des services publics sous-dotés

Pour la CGT, l’engagement fort des salariés ne peut se substituer à une réelle volonté politique à la hauteur de l’urgence climatique. Le dérèglement climatique augmente les besoins et élargit leurs missions, alors même que des décennies de suppressions d’emplois, de restructurations et de sous-investissement ont affaibli nombre de services.

Le témoignage de Peter Gurruchaga, de la CGT des sdis et du 95 (Val-d’Oise), illustre le point de rupture atteint dans les départements du Nord, lors d'un incendie d'Asnières-sur-Oise où dix des quinze CCF ( Camion Citerne Forestier) de son service étaient déjà mobilisés en renfort en Seine-et-Marne :

« Le temps que le CCF arrive, 3 000 mètres carrés de terrain étaient partis en fumée. Il aura suffi de trois feux de chaumes simultanés pour qu’on se retrouve à notre point de rupture. »

Pour la CGT, « l’engagement fort des salariés ne peut se substituer à une réelle volonté politique à la hauteur de l’urgence climatique ». ( À lire : Canicules, incendies : faire de l’adaptation climatique et de la lutte contre le réchauffement une priorité nationale)

Sortir de la politique de l’urgence

Le Covid aurait pourtant dû servir de leçon : les applaudissements ne remplacent ni les effectifs ni les moyens. La crise sanitaire avait mis en lumière le sous-investissement dans l’hôpital public et conduit l’État à débloquer des milliards dans l’urgence.

Après les incendies exceptionnels de l’été 2022, le gouvernement avait, là encore, dégagé des moyens supplémentaires, notamment pour renforcer les équipements des services d’incendie et de secours. Ces investissements étaient nécessaires. Mais débloquer des crédits une fois la crise installée ne fait pas une politique de long terme.

Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des Sdis,  explique par exemple que les premiers engins livrés permettent seulement d'écarter les camions trop anciens sans augmenter la capacité globale du terrain : « Nous n'avons aucune capacité nouvelle. » regrette-il.  Dans un article de Médiapart, il dénonce l'impréparation de l'État face aux mégafeux actuels :

"Laurent Nuñez n’arrête pas de nous dire que le feu de Gironde est exceptionnel, mais ça ne peut être notre excuse pour ne pas se doter de moyens adaptés aux feux d’aujourd’hui, à leur violence et à leur quantité. Il faudrait au moins 5 000 CCF pour faire face aux catastrophes en série qu’entraîne le dérèglement climatique."

Canicules et incendies ne sont plus des phénomènes exceptionnels auxquels on pourrait répondre à coups de plans d’urgence. Équipements de protection, adaptation des bâtiments publics : les investissements sont indispensables, mais les réponses ponctuelles ne suffisent plus.

Il faut aussi recruter et former des personnels, revaloriser les métiers et les salaires, améliorer les conditions de travail. Bref, donner aux services les moyens d’assurer durablement des missions qui évoluent avec le dérèglement climatique.

Renforcer tous les services publics

Pas question pour autant de renforcer quelques services considérés comme prioritaires en prenant les moyens ailleurs. Les services publics sont interdépendants et les besoins augmentent partout. Santé, secours, forêts, collectivités, services de l’État, recherche, prévention : l’adaptation au changement climatique nécessite des moyens supplémentaires.

Il faut donc sortir de la gestion permanente de la pénurie et des redéploiements. De nouveaux emplois, des financements supplémentaires et des investissements pérennes sont nécessaires, en fonction des besoins des populations et des territoires.

L’enjeu est aussi de donner aux politiques publiques les moyens d’anticiper et de prévenir, plutôt que de chercher des financements dans l’urgence lorsque la catastrophe est déjà là.

Budget 2027 : rompre avec l’austérité, construire le rapport de force

Peut-on prétendre adapter le pays au dérèglement climatique tout en continuant à réduire la dépense publique ?  Pour la CGT, le budget 2027 de l’État ne peut pas être un nouveau budget d’austérité.

L’été 2026 doit marquer un tournant. Alors que les risques climatiques s’intensifient, les emplois publics et les moyens des services ne peuvent plus être une variable d’ajustement budgétaire. Le budget doit être construit à partir des missions à assurer et des besoins des populations et des territoires.

Face au dérèglement climatique, nous avons besoin de plus de services publics, pas de moins. Les économies réalisées aujourd’hui sur les emplois, la prévention ou les investissements risquent de se payer bien plus cher demain, humainement, socialement, écologiquement et économiquement.

Le budget 2027 dira si le gouvernement en tire enfin les conséquences. Pour la CGT, une chose est sûre : ces choix budgétaires ne sont pas une fatalité. Sans attendre le projet de loi de finance présenté en octobre, la CGT entend bien peser dans le débat pour imposer d’autres choix : investir dans les services publics, c’est investir dans notre capacité collective à faire face au dérèglement climatique.

Dès le 15 septembre, les mobilisations dans la santé et l’énergie, puis, le 29 septembre, dans la fonction publique, seront l’occasion de porter ces exigences et de construire le rapport de force pour imposer d’autres choix budgétaires.

Tag(s) : #Actualité revendicative
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